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✍️Le billet du 22 décembre 2025

"Hier soir à Marseille, cette ville avenante, j’ai fait la connaissance d’A. ma voisine de spectacle. Celle de gauche - à droite, il y avait le mur. Et de sympathiser. 

Alors que nous barvardions de bon cœur, de babilles en dyatribes, de pizza en mojito mocktail, voilà que nous mettons le doigt sur un truc par un angle que je n’avais jamais vu aussi clairement. À propos du clown. À propos de la sensibilité : c’était notre porte d’entrée. Cette personne fort délicate-délicieuse-et-affriolante me disait qu’elle n’était pas sensible et ressentait pas grand chose. Aberration à première vue ! Alors on a commencé à parler de dissociation : la dissociation, c’est la sensation de ne rien ressentir, le fait de ressentir mais de se dire "je ne ressens rien", de ne pas avoir accès à ce qui se passe. C’est le fameux découpage "tête-coeur-cul” sans accès ni circulation entre les blocs. Tiens, une définition psychologique : “ la personne dissociée peut se sentir détachée de ses souvenirs, de ses perceptions, de son identité, de ses pensées, de ses émotions, de son corps et de ses comportements. Elle peut se sentir détachée du monde qui l’entoure. De ce fait, son sens de l’identité, de la mémoire, et/ou sa conscience se trouve fragmenté.”

Bien sûr, c’est un point de vue orienté, il y a deux poids-deux mesures et tout un spectre entre la dissociation normale que tout le monde expérimente et le trouble dissociatif qui peut être handicapant.

Revenons à la Plaine avec cette chère A. où je me rends compte que je suis concernée, moi aussi. Elle me pose la question sans détours : Comment fait-on pour se rassocier, alors ? Se ressocier ? Se saucer ? Se regrouper, avoir accès, n'être plus qu’un, se mettre en place - bref, s’aligner ?

Ça tombe bien, j’ai des pistes puisque ça fait un moment que je cherche. Tiens, c’est cadeau : il y a le sport et la recherche de sensations fortes qui forcent la présence - saut en parachute, mais aussi escalade, apnée, navigation par grand vent…

Il y a les exercices de consentement, précisément l’endo-consentement (c’est à dire de soi à soi);

Il y a la sophrologie. Oui, précisément, parmi les milles pratiques possibles ;

Il y a… ralentir. Et ralentir encore.

Et puis pour moi, il y a la pratique du clown, qui est aussi une recherche sur la présence, par le biais des expériences sensorielles. Et ensuite, dans un second temps, faire le chemin jusqu’à l’expression. Ça n’a l’air de rien mais c’est énorme. 

Déjà il faut dire à quel point le monde sensoriel, que nous vivons pourtant en permanence, est une réalité parallèle. Ou bien est-ce notre monde des pensées et des mots qui est une réalité parallèle, plutôt? En tout cas, sans la moindre drogue, avec un simple bandeau, j’ai accès en permanence à un univers d’odeurs, de sons, de peau qui ressemble au bonheur. Si tu pouvais entendre les témoignages des stagiaires après ces exercices…âge d'environ 4 ans. “Et puis là j’ai mis le pied sur une taupinière, j’ai patouillé, c'était mon moment préféré du stage". Oui, ça ressemble à l’enfance. Le clown aussi ça ressemble à l’enfance.

Ça tombe bien, parce que comme pédagogue c’est mon truc d’animer des voyages sensoriels, ces moments de plongée délicats et intenses dans l’ici et maintenant.  

Bon, pour autant j’ai mis du temps à ramener ça dans ma vie quotidienne - et c’est encore en chantier. Mais ça avance, merci de t’en soucier.

Oui merci chère A. pour cet angle là. Ça m'a donné le goût de partager. Merci aussi pour le bras de fer, même si tu aurais pu me laisser gagner. Il faut dire que tu avais perdu le défi précédent et longuement mâchouillé cette rondelle de citron séchée qui semblait tout droit sortie d’un pot pourri de WC. 

Et puis on s’est quittées, il avait fini par être tard et finalement faire froid, à Marseille." 

IG

Gros Plaisir dec 2025.